Le-GlobeACTUALITÉ
3 Avril 1984- 3 Avril 2006: Le diagnostic
25-04-06 23:28
Il y a: 4 yrs


AUTEUR : J PIERRE TOURÉ



Deux époques mais différentes l’une de l’autre ont marqué la glorieuse histoire du peuple de Guinée: il y a la Guinée de 1958 avec l’avènement d’une Guinée libre et indépendante qui a dit NON à la colonisation et à la tête de la quelle se trouve le premier président feu Ahmed Sékou Touré , père de l’indépendance.


A cette époque le peuple a connu un régime autoritaire et totalitaire basé sur le fameux principe de la « Révolution » ou du « parti unique ».Ensuite, il y a eu l’avènement de la 2ème République en 1984, avec à sa tête le colonel Lansana Conté, aujourd’hui Général président, père incontesté de la démocratie en Guinée. C’était au petit matin du 3 avril 1984.

 

 

La Guinée qui n’a pas fini d’essuyer les larmes suite au décès de son président Ahmed Sékou Touré, se réveille au son de la Roumba militaire. Elle n’eut pas le temps de s’étonner car les évènements se sont succédés. Par les antennes de la voix de la Révolution, elle apprend avec stupeur le renversement du régime révolutionnaire du défunt Sékou Touré par la grande muette, l’armée guinéenne dirigée par un comité militaire de Redressement National(CMRN).

 

 

Des communiqués sont diffusés, le peuple se réjouit. Des interrogations demeurent cependant sur les lèvres. Qui sont ces militaires ?qui est à la tête ?

 

 

L’allégresse gagne les esprits. La rue est prise d’assaut pour soutenir l’action. Des militaires sont applaudis. Premier acte du CMRN, l’ouverture des portes du Camp Boiro. L’on découvre avec grand choc le visage macabre du régime de Sékou Touré. Tous les prisonniers sont libérés .Le colonel Lansana Conté est porté en triomphe. C’est le changement effectif de régime sans effusion de sang. Ce qui est loin d’être assimilé à un coup d’Etat. Les artistes inspirés improvisent : « saa bara a ma findi » (le changement est intervenu). On aura plus tard la composition du gouvernement. Le 1er gouvernement de la 2ème République est dirigé par le colonel Lansana Conté qui fera appel aux guinéens de l’intérieur et de l’extérieur pour développer le pays. L’action est saluée partout.

 

 

La bonne volonté des dirigeants se fera remarquer par la présentation plus tard d’un discours programme et des hommes pour son exécution. Des mesures de reformes sont prises. Les années 90 ou le tournant décisif

Les années 90 auraient été décisives pour l’avenir économique et politique de la Guinée. Le 23 Décembre 1990, les guinéens se dotent d’une loi fondamentale. Le débat politique s’intensifie, les organes de presse se multiplient. Les premières élections communales sont organisées. Décembre1993, les premières élections multipartites sont aussi organisées. Ces élections ont connu la victoire du Gl Lansana Conté, candidat du parti de l’Unité et du Progrès (PUP). En 1995, la première Assemblée Nationale issue des consultations est élue. Le PUP remporte la majorité.

 

 

Les années 90 auraient été marquées par des crises. Des contestations politiques aux grèves des fonctionnaires et des étudiants, l’insécurité généralisée qui aboutit au procès des gangs ou « procès Mathias ». La crise qui a beaucoup secoué le pays en général et le régime de Conté en particulier aura été la mutinerie du 2 et 3 février 1996. Dans cette revendication salariale à couleur de tentative de renversement du régime, le luxueux palais des nations s’envole en flamme sous les coups de canon. Malgré le procès des mutins qui s’en est suivi, la destruction du Palais des Nations ne réjouit personne. Pour sortir de la crise, le président nomme un premier ministre dont la mission est purement économique, Sidya Touré. Très peu connu des guinéens, il créera très vite un climat de confiance entre les gouvernés et les gouvernants. Exclu du gouvernement, les crises reprennent.

 

La nomination de M. Lamine Sidimé ne change rien aux données.

En septembre 2000, la Guinée subit des assauts rebelles à ses frontières avec le Libéria et la sierra Léone. L’armée guinéenne sous le commandement de son Général boute les agresseurs hors des frontières. La guinée aura perdu de vaillants fils. L e mandat du président de la république tend à sa fin. Des lois sont introduites à l’Assemblée Nationale pour amender la constitution. Ces lois sont soumises à un referendum. Le Général peut encore briguer un 3ème mandat grâce à la confiance renouvelée des guinéens .Pour la première fois l’opposition boude dans l’ensemble les élections et s’engage à saboter le régime. La crise s’empire la monnaie s’effrite et glisse. Les opérateurs économiques font la loi. Le prix du carburant galope suivi du prix du riz, denrée principale. Une crise d’eau et d’électricité s’installe.

 

La Guinée est en mal avec les Institutions financières. C’est dans cette atmosphère que le président de la République choisira François Lousent Fall pour devenir premier ministre. Celui-ci rendra démission quelques mois plus tard. Le chef de L’État après quelques temps d’observation des actions gouvernementales d’après Fall nomme Cellou Dalein Diallo comme premier ministre. Ce dernier ne réussira pas à mettre le pays sur les rails. Le président vient de le démettre de ses fonctions pour faute lourde.

 

 

En définitive, les plus pessimistes doivent avoir le courage de reconnaître que de 1993 à nos jours, beaucoup de changements sont intervenus dans la vie du peuple de Guinée et sous l’impulsion de la 2ème République. Dans le domaine de l’information, on constate une avancée significative par rapport à la liberté d’expression, à la liberté d’écrire sans préjugé ni subjectivité. Le dialogue est renoué avec les partis politiques et la libéralisation des ondes est un autre atout pour le citoyen qui a besoin de s’affirmer. Dans le domaine économique, on assiste à la construction des grands édifices infrastructurels et à la réalisation de grands travaux presque dans tout le pays. Il faut dire q’il y a eu des progrès réalisés dans presque tous les domaines de la vie. Aujourd’hui, en dépit des progrès énoncés, il y a autres réalités. Manque d’emploi, d’eau, d’électricité. Mais Lansana Conté est-il seul responsable de cette situation ?

 

 

Assurément non. Il a de son mieux en faisant confiance à presque tous les groupes ethniques représentés en Guinée. L’homme a engagé des guinéens dans les gouvernements successifs pour surmonter les contraintes exogènes et vaincre les résistances internes au développement. Les guinéens ont-il mérité sa confiance ? Les faits sont tangibles.

 

 

Dans chacun de ses messages à la nation, le président Conté insiste toujours sur la nécessité de mettre fin aux pratiques de vol, de détournement et de corruption qui se sont développés à certains niveaux de l’appareil administratif. Nous sommes dans un monde en profonde mutation politique avec une économie mondialisée. Le monde ne s’adaptera pas à la Guinée, c’est à la Guinée de s’adapter au monde, de chercher sa place dans le concert des nations prospères. Cela ne peut se faire si les guinéens ne réfléchissent pas à leur destin. C’est la raison pour laquelle il faut définir une nouvelle orientation économique dans le cadre de cette économie qui se mondialise et sortir du « perpétuel recommencement ». Les problèmes économiques et sociaux de notre pays ne trouveront pas d’eux-mêmes leurs solutions, des intervenants extérieurs ne voudront pas non plus les répondre en lieu et place des guinéens. La Guinée ne sera que ce que les guinéens voudront quelle soit. C’est un avis partagé.

 

 

Le changement impératif de mentalité et de stratégies pour réformer l’administration guinéenne dans l’intérêt Supérieur de la nation.

Puisse les années à venir nous permettre d’apporter les corrections qui s’imposent à notre action de développement dans un esprit de paix et de tolérance.

 

J Pierre Touré








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