Notre pays, après 48 ans d’Indépendance jour pour jour, est aujourd’hui dans un imbroglio dont le dénouement est pareil à un casse tête chinois. Tous les secteurs de la vie nationale sont confrontés à des difficultés au point où l’on ne sait vraiment pas par quoi commencer.
Selon les observateurs les plus avertis, l’impasse ne fait que grandir et pour les plus sceptiques, c’en est fini, les générations actuelles sont condamnées à la perte. Pourtant, tout est loin d’être perdu. Si l’on croit à l’avenir, il est alors temps d’être réaliste. Ce réalisme qui fait cruellement défaut à la guinée. Et pour cause.
Le destin d’un pays, dépend de la capacité de ses fils et filles à se réaliser. Or, pour se réaliser, il n’y a que le travail créateur de richesses et de bonheur pour le peuple. Dans le cas guinéen, même si Dieu a doté le sol de toutes les richesses inimaginables possibles, il y a que le guinéen joue au cache à cache avec soi-même. En réalité, il se voile la figure devant les faits têtus et ce faisant, il s’enlise dans les ténèbres de la souffrance. Et chaque jour que Dieu fait, participe à cette descente aux enfers au point où le désespoir s’inscrit comme une fatalité.
Pour sortir de l’impasse-là devait se trouver le premier axe de réflexion on l’a dit plus haut, le bon Dieu a si généreusement doté notre pays qu’il n’y a pas un seul centimètre de notre territoire, qui n’ait son pesant d’or. Selon un économiste américain la seule réserve aurifère du Bourré à Siguiri, aurait pu suffire pour sortir huit millions de personnes de la misère. Cela veut dire que chaque guinéen devait avoir un toit décent, des soins médicaux bien suivis, une éducation gratuite, de l’adduction d’eau partout, du courant électrique pour tous, si seulement il y a une gestion conforme à l’orthodoxie.
Alors, l’on pourrait se demander, pour un profane, quelle serait la part de l’alumine de Friguia, la bauxite de Kindia, le diamant de Kérouané, l’or de Kouroussa, le fer du Nimba et j’en passe, la liste est trop longue ?
Sans être un diplômé des grandes écoles économiques, il faut simplement dire que la Guinée, notre pays est malade de sa gestion. Gestion des hommes, gestion du patrimoine commun. Ceci est d’autant vrai que le laxisme, l’attentisme, la tolérance coupable qui est légion dans notre système administratif, font que l’inconscience professionnelle et l’impunité se partagent la vedette. Il n’y a pas un seul secteur de notre administration aujourd’hui, où le service de pot de vin ne fonctionne à merveille. Si ce n’est pas d’ailleurs le premier service.
Allez à l’Éducation pour votre enfant, on vous demandera de l’argent l’État civil lui, c’est un foutoir, tout le monde en a droit, guinéen comme étranger, il suffit là encore de payer.
A l’habitat, c’est la politique du plus disant. Là, non seulement il manque cruellement une politique nationale en la matière, mais vous trouverez que certains ont jusqu’à cinq voire dix parcelles pendant que d’autres guinéens n’ont pas le moindre centimètre de terrain. Il faut payer et le plus offrant gagne. Les secteurs de l’eau et de l’énergie ne sont champions que dans l’arnaque. Ils font payer ce qu’ils n’ont jamais fourni. Les travaux publics, à part de timides grands projets sont royalement absents dans les préfectures et même à conakry. La pêche, quoique Dieu nous a dotés de tous les types de cours d’eau possibles depuis les chutes jusqu’à l’Océan Atlantique, le poisson demeure un luxe. L’agriculture qui joue au dindon de la farce devrait se poser la question de savoir pourquoi tant de pleurs pour le riz importé ?
La santé, là, il faut simplement dire que le cher hypocrate est mort et enterré avec son serment.
Car, même pour mourir aujourd’hui dans nos hôpitaux et autres centres de soin, il faut payer…la liste est tellement longue de nos maux et misères. Tout cela est connu, reconnu, critiqué ici et là, dans nos salons, nos bureaux comme aux usines et parfois même par ceux qui sont les grands champions de cette faillite de la gestion. Nous avons volontairement passé sous silence les départements des Finances, des Mines dont le fonctionnement est connu de tous. Ces gros bonnets qui se tapent des villas par ici par là, qui circulent dans les grosses cylindrées mais malheureusement dont le salaire individuel ne dépassent pas 300 000 Fg par mois. Allez comprendre le reste dans la mesure où, avec ce coût actuel de la vie même 500 000 Fg par mois ne suffiraient pas. Et par delà se faire tant de maisons et s’abreuver de tant de luxes. Le reste est connu.
C’est pourquoi, il est préférable de ne jamais parler de ces secteurs tant que ces pratiques honteuses sont en cours.
Les projets morts nés.
Quelqu’un pourrait-il expliquer comment les étangs de cressiculture se sont éteints à Koba ?
Pourquoi ENTAG ne fonctionne plus ? L’usine textile ? Comment les canadiens d’hydro-Quebec sont-ils repartis ? Qui est-ce qui officie actuellement à la place de Arédor à Gbenko et dans quelles conditions ?
L’on n’a jamais cherché à comprendre mieux à trouver le remède efficace. Ceux qui détiennent les dossiers et sensés les piloter se taisent simplement et pour cause ; la sauvegarde de leur poste de responsabilité et tant pis pour le contribuable guinéen qui sue eau et sang aujourd’hui pour régler sa pitance quotidienne.
Ni, les gouvernants n’ont eu encore le recul nécessaire en vue du redressement nécessaire, ni la société civile qui, a peine née bat de l’aile, ni nos ulémas qui ne font que bénir un tel état de fait, personne, nous disons bien personne ne dit ce qu’il faut dire publiquement, et ne fait, ce qu’il doit faire sans condition. Après, ce sont des groupuscules qui se forment dans les lieux publics, dans les transports, aux cafés, aux ateliers et bureaux, pour se répandre en critiques de toutes sortes comme si cela apporterait une solution à nos maux.
Aujourd’hui, notre pays, ressemble à un bateau qui a pris de l’eau et qui est en train de couler. Si l’on veut, on peut éviter le désastre. Et si c’est le contraire on va tous sombrer. Il faut, sans se voiler la face, faire appel aux pouvoirs publics. Ceux-ci doivent sortir de leur attentisme, faire preuve d’initiatives concrètes et salvatrices. Ne pas se laisser toujours distancer par les évènements. Pour ce faire, il y a lieu de moraliser notre gestion, et d’en faire un instrument de développement et non de destruction telle qu’elle se présente de nos jours.
Il faut aussi comprendre et se convaincre du fait têtu qu’aucun pays ne peut échapper à la mondialisation, que les intégrations sont la solution. Dans le contexte actuel, la Guinée est bien d’accord avec toutes les grandes théories mondiales de l’heure mais c’est sur papier. A la pratique, elle traîne curieusement le pas. A la vérité la Guinée est 1ère en Afrique dans les bonnes intentions, les meilleures théories sociales et économiques, les lois les plus admirées en matière de démocratie et d’État de droit.
Mais paradoxalement sur la ligne d’arrivée on est dernier.
La liste de ces exemples est longue. Mais on se voile la face au point où on est un pays des grandes actions au goût d’inachevé. Si on avait suivi notre propre voie tracée, n’eussent été la supercherie des uns et la mauvaise foi des autres au jour d’aujourd’hui, la Guinée pouvait se vanter da sa justice, de son économie, de ses radio libres, de ses partis politiques, d’une opposition reconnue et véritable contre poids du pouvoir, une jeunesse qui ne traîne pas dans les rues, mais responsable de la succession, une vieillesse libérée du fardeau de l’angoisse, bref, un pays en meilleur devenir. Il n’y a aucun doute la Guinée est le seul pays où toues les bonnes promesses de l’avenir se disputent la vedette. Mais ce n’est pas des comportements inconséquents, le mensonge qu’on pourrait arriver à grand-chose.
Nous devons désormais ouvrir grands les yeux, oser dire la vérité et faire surtout ce que nous disons. Quand ce n’est pas bon, disons le. Ce réalisme doit caractériser tout bon guinéen car, pendant 26 ans du 1er régime et 20 ans du second, la Guinée a trop marqué le pas. Car, si vous deviez faire 5 Km et que vous en fassiez 2, ceci s’appelle un retard. Mais si vous deviez faire 5 et que vous ne bougez même pas cela encore s’appelle recul.
La Guinée est trop riche, trop gâtée par dame nature et son paradoxe, c’est d’avoir des enfants pauvres. N’est-ce pas une fatalité ?
A.Foulah Diallo